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Les «gitans de la mer» sont revenus de l'enfer

Perdue dans la mer des Andaman au large des côtes thaïlandaises, une petite communauté de «gitans de la mer» vivant dans un monde étrange fait d'esprits, de signes et de symboles, a survécu au raz de marée du 26 décembre.
Ce jour-là, le patriarche de ces villageois – 181 personnes appartenant à la minorité ethnique des Moken – a «scruté le ciel puis la mer». «Quelque chose clochait», explique Sarmao Kathalay, 65 ans.

Le Figaro.

«Les anciens ont pensé au crabe gigantesque, responsable des marées.»
Selon ce mythe répandu dans l'Asie du Sud-Est insulaire, l'énorme créature, vivant au pied du manguier magique, peut, en se déplaçant, provoquer la montée des eaux jusqu'au ciel.
«Quand nous avons vu que l'eau se retirait aussi vite, nous savions qu'elle réapparaîtrait dans la même quantité», explique le chef des Moken.

Alors que sur la côte des centaines de milliers de personnes ne savaient quelle attitude adopter quand les flots ont reflué, les Moken de cette petite île des Surin ont tous grimpé dans la montagne et se sont réfugiés dans le temple Samakkitham.
Leur village de huttes sur pilotis a été balayé par les vagues géantes, les «kabang», leurs précieux bateaux, réduits en miettes.
Mais la «confiance en nos coutumes et l'instinct des gens de la mer» ont sauvé ce petit peuple nomade chassant au harpon, récoltant les coquillages sur la plage ou cherchant les vers de bois dans la mangrove.

Les Moken ont une liaison multiséculaire avec l'espace maritime : ne sont-ils pas venus du fond de l'océan chevauchant la carapace d'une tortue, selon la légende ?

Alors aujourd'hui, sur la plage de Bon Yai, ils reconstruisent leur village le plus près possible du rivage. «Nous n'avons pas peur de la mer. C'est notre mère», ajoute Sarmao.
Comme les autres «chao leh», les «gitans de la mer» selon l'expression locale, les 500 Moken de Thaïlande sont méprisés.

Cette ethnie animiste, dite primitive, que les autorités forcent à se rassembler et à se sédentariser et à qui elles n'accordent pas de carte d'identité nationale, a pourtant été saluée lors du sommet des pays donateurs à Jakarta par Surakiart Sathirathai, ministre thaïlandais des Affaires étrangères : «Leur savoir ancestral leur a permis de percevoir les premiers signes du retrait de l'eau et de se réfugier dans les collines, sans aucun mort à déplorer.»

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